L'évocation des esprits




Considérations générales.

269. Les Esprits peuvent se communiquer spontanément ou venir à notre appel, c'est-à-dire sur évocation. Quelques personnes pensent que l'on doit s'abstenir d'évoquer tel ou tel Esprit, et qu'il est préférable d'attendre celui qui veut bien se communiquer. Elles se fondent sur cette opinion, qu'en appelant un Esprit déterminé, on n'est pas certain que ce soit lui qui se présente, tandis que celui qui vient spontanément et de son propre mouvement prouve mieux son identité, puisqu'il annonce ainsi le désir qu'il a de s'entretenir avec nous. A notre avis, c'est là une erreur : premièrement, parce qu'il y a toujours autour de nous des Esprits, le plus souvent de bas étage, qui ne demandent pas mieux que de se communiquer ; en second lieu, et par cette dernière raison même, en n'en appelant aucun en particulier, c'est ouvrir la porte à tous ceux qui veulent entrer. Dans une assemblée, ne donner la parole à personne, c'est la laisser à tout le monde, et l'on sait ce qui en résulte. L'appel direct fait à un Esprit déterminé est un lien entre lui et nous : nous l'appelons par notre désir, et nous opposons ainsi une sorte de barrière aux intrus. Sans un appel direct, un Esprit n'aurait souvent aucun motif de venir à nous, si ce n'est notre Esprit familier.

Ces deux manières d'opérer ont chacune leurs avantages, et l'inconvénient ne serait que dans l'exclusion absolue de l'une des deux. Les communications spontanées n'ont aucun inconvénient quand on est maître des Esprits, et qu'on est certain de ne laisser prendre aucun empire aux mauvais ; alors il est souvent utile d'attendre le bon plaisir de ceux qui veulent bien se manifester, parce que leur pensée ne subit aucune contrainte, et l'on peut obtenir de cette manière des choses admirables ; tandis qu'il n'est pas dit que l'Esprit que vous appelez soit disposé à parler, ou capable de le faire dans le sens qu'on désire. L'examen scrupuleux que nous avons conseillé est d'ailleurs une garantie contre les mauvaises communications. Dans les réunions régulières, dans celles surtout où l'on s'occupe d'un travail suivi, il y a toujours des Esprits habitués qui se trouvent au rendez-vous sans qu'on les appelle, par cela même qu'en raison de la régularité des séances, ils sont prévenus : ils prennent souvent spontanément la parole pour traiter un sujet quelconque, développer une proposition ou prescrire ce que l'on doit faire, et alors on les reconnaît aisément, soit à la forme de leur langage qui est toujours identique, soit à leur écriture, soit à certaines habitudes qui leur sont familières.

270. Lorsqu'on désire communiquer avec un Esprit déterminé, il faut de toute nécessité l'évoquer. (N° 203.) S'il peut venir, on obtient généralement pour réponse : Oui ; ou : Je suis là ; ou bien encore : Que me voulez-vous ? Quelquefois il entre directement en matière en répondant par anticipation aux questions qu'on se propose de lui adresser.

Lorsqu'un Esprit est évoqué pour la première fois, il convient de le désigner avec quelque précision. Dans les questions qui lui sont adressées, il faut éviter les formes sèches et impératives, qui seraient pour lui un motif d'éloignement. Ces formes doivent être affectueuses ou respectueuses selon l'Esprit, et dans tous les cas témoigner de la bienveillance de l'évocateur.

271. On est souvent surpris de la promptitude avec laquelle un Esprit évoqué se présente, même pour la première fois : on dirait qu'il a été prévenu ; c'est, en effet, ce qui a lieu lorsqu'on se préoccupe d'avance de son évocation. Cette préoccupation est une sorte d'évocation anticipée, et comme nous avons toujours nos Esprits familiers qui s'identifient avec notre pensée, ils préparent les voies, de telle sorte que si rien ne s'y oppose, l'Esprit que l'on veut appeler est déjà présent. Dans le cas contraire, c'est l'esprit familier du médium, ou celui de l'interrogateur, ou l'un des habitués qui va le chercher, et pour cela il ne lui faut pas beaucoup de temps. Si l'Esprit évoqué ne peut venir instantanément, le messager (les Païens auraient dit Mercure) assigne un délai, quelquefois de cinq minutes, un quart d'heure, une heure et même plusieurs jours ; lorsqu'il est arrivé, il dit : Il est là ; et alors on peut commencer les questions qu'on veut lui adresser.

Le messager n'est pas toujours un intermédiaire nécessaire, car l'appel de l'évocateur peut être entendu directement de l'Esprit, ainsi qu'il est dit ci-après, n° 282, question 5, sur le mode de transmission de la pensée.

Quand nous disons de faire l'évocation au nom de Dieu, nous entendons que notre recommandation doit être prise au sérieux et non à la légère ; ceux qui n'y verraient qu'une formule sans conséquence feraient mieux de s'abstenir.

272. Les évocations offrent souvent plus de difficultés aux médiums que les dictées spontanées, surtout quand il s'agit d'obtenir des réponses précises à des questions circonstanciées. Il faut pour cela des médiums spéciaux, à la fois flexibles et positifs, et l'on a vu (n° 193) que ces derniers sont assez rares, car, ainsi que nous l'avons dit, les rapports fluidiques ne s'établissent pas toujours instantanément avec le premier Esprit venu. C'est pourquoi il est utile que les médiums ne se livrent aux évocations détaillées qu'après s'être assurés du développement de leur faculté, et de la nature des Esprits qui les assistent, car chez ceux qui sont mal entourés, les évocations ne peuvent avoir aucun caractère d'authenticité.

273. Les médiums sont généralement beaucoup plus recherchés pour les évocations d'un intérêt privé que pour les communications d'un intérêt général ; cela s'explique par le désir bien naturel que l'on a de s'entretenir avec les êtres qui nous sont chers. Nous croyons devoir faire à ce sujet plusieurs recommandations importantes aux médiums. C'est d'abord de n'accéder à ce désir qu'avec réserve vis-à-vis des personnes sur la sincérité desquelles ils ne sont pas complètement édifiés, et de se mettre en garde contre les pièges que pourraient leur tendre des gens malveillants. Secondement, de ne s'y prêter, sous aucun prétexte, s'ils entrevoient un but de curiosité et d'intérêt, et non une intention sérieuse de la part de l'évocateur ; de se refuser à toute question oiseuse ou qui sortirait du cercle de celles qu'on peut rationnellement adresser aux Esprits. Les questions doivent être posées avec clarté, netteté et sans arrière-pensée, si l'on veut des réponses catégoriques. Il faut donc repousser toutes celles qui auraient un caractère insidieux, car on sait que les Esprits n'aiment pas celles qui ont pour but de les mettre à l'épreuve ; insister sur des questions de cette nature, c'est vouloir être trompé. L'évocateur doit aller franchement et ouvertement au but, sans subterfuge et sans moyens détournés ; s'il craint de s'expliquer, il ferait mieux de s'abstenir.

Il convient encore de ne faire qu'avec beaucoup de prudence des évocations en l'absence des personnes qui en font la demande, et souvent même il est préférable de s'en abstenir tout à fait, ces personnes étant seules aptes à contrôler les réponses, à juger de l'identité, à provoquer des éclaircissements s'il y a lieu, et à faire les questions incidentes amenées par les circonstances. En outre, leur présence est un lien qui attire l'Esprit, souvent peu disposé à se communiquer à des étrangers pour lesquels il n'a aucune sympathie. Le médium, en un mot, doit éviter tout ce qui pourrait le transformer en agent de consultation, ce qui, aux yeux de beaucoup de gens, est synonyme de diseur de bonne aventure.


Esprits que l'on peut évoquer


274. On peut évoquer tous les Esprits à quelque degré de l'échelle qu'ils appartiennent : les bons comme les mauvais, ceux qui ont quitté la vie depuis peu, comme ceux qui ont vécu dans les temps les plus reculés, les hommes illustres comme les plus obscurs, nos parents, nos amis, comme ceux qui nous sont indifférents ; mais il n'est pas dit qu'ils veuillent ou puissent toujours se rendre à notre appel ; indépendamment de leur propre volonté, ou de la permission qui peut leur être refusée par une puissance supérieure, ils peuvent en être empêchés par des motifs qu'il ne nous est pas toujours donné de pénétrer. Nous voulons dire qu'il n'y a pas d'empêchement absolu qui s'oppose aux communications, sauf ce qui sera dit ci-après ; les obstacles qui peuvent empêcher un Esprit de se manifester sont presque toujours individuels, et tiennent souvent aux circonstances. 275. Parmi les causes qui peuvent s'opposer à la manifestation d'un esprit, les unes lui sont personnelles et les autres lui sont étrangères. Il faut placer parmi les premières ses occupations ou les missions qu'il accomplit, et dont il ne peut pas se détourner pour céder à nos désirs ; dans ce cas, sa visite n'est qu'ajournée.

Il y a encore sa propre situation. Bien que l'état d'incarnation ne soit pas un obstacle absolu, ce peut être un empêchement à certains moments donnés, surtout quand elle a lieu dans les mondes inférieurs et quand l'Esprit lui-même est peu dématérialisé. Dans les mondes supérieurs, dans ceux où les liens de l'Esprit et de la matière sont très faibles, la manifestation est presque aussi facile que dans l'état errant, et dans tous les cas plus facile que dans ceux où la matière corporelle est plus compacte.

Les causes étrangères tiennent principalement à la nature du médium, à celle de la personne qui évoque, au milieu dans lequel se fait l'évocation, et enfin au but que l'on se propose. Certains médiums reçoivent plus particulièrement des communications de leurs Esprits familiers, qui peuvent être plus ou moins élevés ; d'autres sont aptes à servir d'intermédiaires à tous les Esprits ; cela dépend de la sympathie ou de l'antipathie, de l'attraction ou de la répulsion que l'Esprit personnel du médium exerce sur l'Esprit étranger, qui peut le prendre pour interprète avec plaisir ou avec répugnance. Cela dépend encore, abstraction faite des qualités intimes du médium, du développement de la faculté médianimique. Les Esprits viennent plus volontiers, et surtout sont plus explicites avec un médium qui ne leur offre aucun obstacle matériel. Toutes choses égales d'ailleurs quant aux conditions morales, plus un médium a de la facilité pour écrire ou pour s'exprimer, plus ses relations avec le monde spirite se généralisent.

276. Il faut encore tenir compte de la facilité que doit donner l'habitude de communiquer avec tel ou tel Esprit ; avec le temps, l'Esprit étranger s'identifie avec celui du médium, et aussi avec celui qui l'appelle. La question de sympathie à part, il s'établit entre eux des rapports fluidiques qui rendent les communications plus promptes ; c'est pourquoi un premier entretien n'est pas toujours aussi satisfaisant qu'on pourrait le désirer, et c'est aussi pourquoi les Esprits eux-mêmes demandent souvent à être rappelés. L'Esprit qui vient d'habitude est comme chez lui : il est familiarisé avec ses auditeurs et ses interprètes ; il parle et agit plus librement.

277. En résumé, de ce que nous venons de dire il résulte : que la faculté d'évoquer tout Esprit quelconque n'implique pas pour l'Esprit l'obligation d'être à nos ordres ; qu'il peut venir à un moment et non à un autre, avec tel médium ou tel évocateur qui lui plaît et non avec tel autre ; dire ce qu'il veut sans pouvoir être contraint de dire ce qu'il ne veut pas ; s'en aller quand cela lui convient ; enfin que, par des causes dépendantes ou non de sa volonté, après s'être montré assidu pendant quelque temps, il peut tout à coup cesser de venir.

C'est par tous ces motifs que, lorsqu'on désire appeler un Esprit nouveau, il est nécessaire de demander à son guide protecteur si l'évocation est possible ; dans le cas où elle ne le serait pas, il en donne assez généralement les motifs, et alors il est inutile d'insister.

278. Une importante question se présente ici, celle de savoir s'il y a ou non de l'inconvénient à évoquer de mauvais Esprits. Cela dépend du but qu'on se propose et de l'ascendant qu'on peut avoir sur eux. L'inconvénient est nul quand on les appelle dans un but sérieux, instructif et en vue de les améliorer ; il est très grand, au contraire, si c'est par pure curiosité ou plaisanterie, ou si on se met sous leur dépendance en leur demandant un service quelconque. Les bons Esprits, dans ce cas, peuvent très bien leur donner le pouvoir de faire ce qu'on leur demande, sauf à punir sévèrement plus tard le téméraire qui aurait osé invoquer leur secours et leur croire plus de puissance qu'à Dieu. C'est en vain qu'on se promettrait d'en faire un bon usage par la suite, et de congédier le serviteur une fois le service rendu ; ce service même que l'on a sollicité, quelque minime qu'il soit, est un véritable pacte conclu avec le mauvais Esprit, et celui-ci ne lâche pas prise aisément. (Voir n° 212.)

279. L'ascendant ne s'exerce sur les Esprits inférieurs que par la supériorité morale. Les Esprits pervers sentent leurs maîtres dans les hommes de bien ; vis-à-vis de celui qui ne leur oppose que l'énergie de la volonté, sorte de force brutale, ils luttent, et souvent sont les plus forts. Quelqu'un cherchait ainsi à dompter un Esprit rebelle, par sa volonté, l'Esprit lui répondit : Laisse-moi donc tranquille avec tes airs de matamore, toi qui ne vaux pas mieux que moi ; ne dirait-on pas un voleur qui fait de la morale à un voleur ?

On s'étonne que le nom de Dieu que l'on invoque contre eux soit souvent impuissant ; saint Louis en a donné la raison dans la réponse suivante :
"Le nom de Dieu n'a d'influence sur les Esprits imparfaits que dans la bouche de celui qui peut s'en servir avec autorité par ses vertus ; dans la bouche de l'homme qui n'aurait sur l'Esprit aucune supériorité morale, c'est un mot comme un autre. Il en est de même des choses saintes qu'on leur oppose. L'arme la plus terrible est inoffensive dans les mains inhabiles à s'en servir ou incapables de la porter."


Questions sur les évocations.

282. 1. Peut-on évoquer les Esprits sans être médium ?
"Tout le monde peut évoquer les Esprits, et si ceux que vous appelez ne peuvent se manifester matériellement, ils n'en sont pas moins auprès de vous et vous écoutent."

2. L'Esprit évoqué se rend-il toujours à l'appel qui lui est fait ?
"Cela dépend des conditions dans lesquelles il se trouve, car il est des circonstances où il ne le peut pas."

3. Quelles sont les causes qui peuvent empêcher un Esprit de venir à notre appel ?
"Sa volonté, d'abord ; puis son état corporel s'il est réincarné, les missions dont il peut être chargé, ou bien encore la permission qui peut lui être refusée.
Il y a des Esprits qui ne peuvent jamais se communiquer ; ce sont ceux qui, par leur nature, appartiennent encore aux mondes inférieurs à la terre. Ceux qui sont dans les sphères de punition ne le peuvent pas non plus, à moins d'une permission supérieure qui n'est accordée que dans un but d'utilité générale. Pour qu'un Esprit puisse se communiquer, il faut qu'il ait atteint le degré d'avancement du monde où il est appelé, autrement il est étranger aux idées de ce monde et n'a aucun point de comparaison. Il n'en est pas de même de ceux qui sont envoyés en mission ou en expiation dans les mondes inférieurs : ils ont les idées nécessaires pour répondre."

4. Par quels motifs la permission de se communiquer peut-elle être refusée à un Esprit ?
"Ce peut être une épreuve ou une punition pour lui ou pour celui qui l'appelle."

5. Comment des Esprits dispersés dans l'espace ou dans les différents mondes peuvent-ils entendre de tous les points de l'univers les évocations qui sont faites ?
"Souvent, ils en sont prévenus par les Esprits familiers qui vous entourent et qui vont les chercher ; mais il se passe ici un phénomène qu'il est difficile de vous expliquer, parce que vous ne pouvez encore comprendre le mode de transmission de la pensée parmi les Esprits. Ce que je puis vous dire, c'est que l'Esprit que vous évoquez, quelque éloigné qu'il soit, reçoit, pour ainsi dire, le contrecoup de la pensée comme une sorte de commotion électrique qui appelle son attention du côté d'où vient la pensée qui s'adresse à lui. On peut dire qu'il entend la pensée, comme sur la terre vous entendez la voix."
- Le fluide universel est-il le véhicule de la pensée, comme l'air est celui du son ?

"Oui, avec cette différence que le son ne peut se faire entendre que dans un rayon très borné, tandis que la pensée atteint l'infini. L'Esprit, dans l'espace, est comme le voyageur au milieu d'une vaste plaine, et qui entendant tout à coup prononcer son nom, se dirige du côté où on l'appelle."

6. Nous savons que les distances sont peu de chose pour les Esprits, cependant on s'étonne de les voir quelquefois répondre aussi promptement à l'appel, comme s'ils eussent été tout prêts.
"C'est qu'en effet ils le sont quelquefois. Si l'évocation est préméditée, l'Esprit est averti d'avance, et se trouve souvent là avant le moment où on l'appelle."

7. La pensée de l'évocateur est-elle plus ou moins facilement entendue selon certaines circonstances ?
"Sans aucun doute ; l'Esprit appelé par un sentiment sympathique et bienveillant est plus vivement touché : c'est comme une voix amie qu'il reconnaît ; sans cela il arrive souvent que l'évocation ne porte pas. La pensée qui jaillit de l'évocation frappe l'Esprit ; si elle est mal dirigée, elle frappe dans le vide. Il en est des Esprits comme des hommes ; si celui qui les appelle leur est indifférent ou antipathique, ils peuvent l'entendre, mais souvent ils ne l'écoutent pas."

8. L'Esprit évoqué vient-il volontairement, ou bien y est-il contraint ?
"Il obéit à la volonté de Dieu, c'est-à-dire à la loi générale qui régit l'univers ; et pourtant contraint n'est pas le mot, car il juge s'il est utile de venir : et là est encore pour lui le libre arbitre. L'Esprit supérieur vient toujours quand il est appelé dans un but utile ; il ne se refuse à répondre que dans les milieux de gens peu sérieux et traitant la chose en plaisanterie."

9. L'Esprit évoqué peut-il se refuser à venir à l'appel qui lui est fait ?
"Parfaitement ; où serait son libre arbitre sans cela ? Croyez-vous que tous les êtres de l'univers soient à vos ordres ? Et vous-mêmes, vous croyez-vous obligés de répondre à tous ceux qui prononcent votre nom ? Quand je dis qu'il peut s'y refuser, j'entends sur la demande de l'évocateur, car un Esprit inférieur peut être contraint de venir par un Esprit supérieur."

10. Y a-t-il pour l'évocateur un moyen de contraindre un Esprit à venir malgré lui ?
"Aucun, si cet Esprit est votre égal ou votre supérieur en moralité - je dis en moralité, et non en intelligence, - parce que vous n'avez sur lui aucune autorité ; s'il est votre inférieur, vous le pouvez si c'est pour son bien, car alors d'autres Esprits vous seconderont." (N° 279.)

11. Y a-t-il de l'inconvénient à évoquer des Esprits inférieurs, et peut-on craindre, en les appelant, de se mettre sous leur domination ?
"Ils ne dominent que ceux qui se laissent dominer. Celui qui est assisté par de bons Esprits n'a rien à craindre ; il s'impose aux Esprits inférieurs, et ceux-ci ne s'imposent pas à lui. Dans l'isolement les médiums, surtout ceux qui commencent, doivent s'abstenir de ces sortes d'évocations." (N° 278.)

12. Est-il nécessaire d'apporter quelques dispositions particulières dans les évocations ?
"La plus essentielle de toutes les dispositions, c'est le recueillement quand on veut avoir affaire à des Esprits sérieux. Avec la foi et le désir du bien, on est plus puissant pour évoquer les Esprits supérieurs. En élevant son âme par quelques instants de recueillement au moment de l'évocation, on s'identifie avec les bons Esprits et on les dispose à venir."

13. La foi est-elle nécessaire pour les évocations ?
"La foi en Dieu, oui ; la foi viendra pour le reste si vous voulez le bien et si vous avez le désir de vous instruire."

14. Les hommes réunis dans une communauté de pensée et d'intentions ont-ils plus de puissance pour évoquer les Esprits ?
"Quand tous sont réunis par la charité et pour le bien, ils obtiennent de grandes choses. Rien n'est plus nuisible au résultat des évocations que la divergence de pensées."

15. La précaution de faire la chaîne en se donnant la main pendant quelques minutes au commencement des réunions est-elle utile ?
"La chaîne est un moyen matériel qui ne met pas l'union entre vous si elle n'existe pas dans la pensée ; ce qui est plus utile que tout cela, c'est de s'unir dans une pensée commune en appelant chacun de son côté de bons Esprits. Vous ne savez pas tout ce que pourrait obtenir une réunion sérieuse d'où serait banni tout sentiment d'orgueil et de personnalité, et où régnerait un parfait sentiment de mutuelle cordialité."

16. Les évocations à jours et heures fixes sont-elles préférables ?
"Oui, et si c'est possible dans le même lieu : les Esprits y viennent plus volontiers ; c'est le désir constant que vous avez qui aide les Esprits à venir se mettre en communication avec vous. Les Esprits ont leurs occupations qu'ils ne peuvent quitter à l'improviste pour votre satisfaction personnelle. Je dis dans le même lieu, mais ne croyez pas que ce soit une obligation absolue, car les Esprits viennent partout ; je veux dire qu'un lieu consacré à cela est préférable, parce que le recueillement y est plus parfait."

17. Certains objets, tels que médailles et talismans, ont-ils la propriété d'attirer ou de repousser les Esprits, ainsi que quelques-uns le prétendent ?
"Cette question est inutile, car vous savez bien que la matière n'a aucune action sur les Esprits. Soyez bien certains que jamais un bon Esprit ne conseille de pareilles absurdités ; la vertu des talismans, de quelque nature qu'ils soient, n'a jamais existé que dans l'imagination des gens crédules."

18. Que penser des Esprits qui assignent des rendez-vous dans des lieux lugubres et à des heures indues ?
"Ces Esprits s'amusent aux dépens de ceux qui les écoutent. Il est toujours inutile et souvent dangereux de céder à de telles suggestions : inutile, parce qu'on n'y gagne absolument rien que d'être mystifié ; dangereux, non par le mal que peuvent faire les Esprits, mais par l'influence que cela peut exercer sur des cerveaux faibles."

19. Y a-t-il des jours et des heures plus propices aux évocations ?
"Pour les Esprits, cela est complètement indifférent, comme tout ce qui est matériel, et ce serait une superstition de croire à l'influence des jours et des heures. Les moments les plus propices sont ceux où l'évocateur peut être le moins distrait par ses occupations habituelles ; où son corps et son esprit sont le plus calmes."

20. L'évocation est-elle pour les Esprits une chose agréable ou pénible ? Viennent-ils volontiers quand on les appelle ?
"Cela dépend de leur caractère et du motif qui les fait appeler. Quand le but est louable, et quand le milieu leur est sympathique, c'est pour eux une chose agréable et même attrayante ; les Esprits sont toujours heureux de l'affection qu'on leur témoigne. Il y en a pour qui c'est un grand bonheur de se communiquer aux hommes et qui souffrent de l'abandon où on les laisse. Mais, comme je l'ai dit, cela dépend également de leur caractère ; parmi les Esprits il y a aussi des misanthropes qui n'aiment pas à être dérangés, et dont les réponses se ressentent de leur mauvaise humeur, surtout quand ils sont appelés par des gens indifférents auxquels ils ne s'intéressent pas. Un Esprit n'a souvent aucun motif pour venir à l'appel d'un inconnu qui lui est indifférent, et qui est presque toujours mû par la curiosité ; s'il vient, il ne fait en général que de courtes apparitions, à moins qu'il n'y ait un but sérieux et instructif dans l'évocation."

Remarque. On voit des gens qui n'évoquent leurs parents que pour leur demander les choses les plus vulgaires de la vie matérielle, par exemple l'un pour savoir s'il louera ou vendra sa maison, un autre pour connaître le profit qu'il tirera de sa marchandise, l'endroit où de l'argent a été déposé, si telle affaire sera ou non avantageuse. Nos parents d'outre-tombe ne s'intéressent à nous qu'en raison de l'affection que nous avons pour eux. Si toute notre pensée se borne à les croire sorciers, si nous ne pensons à eux que pour leur demander des renseignements, ils ne peuvent avoir pour nous une grande sympathie, et l'on ne doit pas s'étonner du peu de bienveillance qu'ils témoignent.

21. Y a-t-il une différence entre les bons et les mauvais Esprits sous le rapport de leur empressement à se rendre à notre appel ?
"Il y en a une très grande ; les mauvais Esprits ne viennent volontiers qu'autant qu'ils espèrent dominer et faire des dupes ; mais ils éprouvent une vive contrariété quand ils sont forcés de venir pour avouer leurs fautes, et ils ne demandent qu'à s'en aller, comme un écolier qu'on appelle pour le corriger. Ils peuvent y être contraints par des Esprits supérieurs, comme châtiment, et pour l'instruction des incarnés. L'évocation est pénible pour les bons Esprits quand ils sont appelés inutilement pour des futilités ; alors ils ne viennent pas, ou bien ils se retirent.
Vous pouvez dire qu'en principe les Esprits, quels qu'ils soient, n'aiment, pas plus que vous, à servir de distraction pour les curieux. Souvent vous n'avez d'autre but en évoquant un Esprit que de voir ce qu'il vous dira, ou de l'interroger sur des particularités de sa vie qu'il ne tient pas à vous faire connaître, parce qu'il n'a aucun motif pour vous faire connaître ses confidences, et vous croyez qu'il va se placer sur la sellette pour votre bon plaisir ? Détrompez-vous ; ce qu'il n'aurait pas fait de son vivant, il ne le fera pas davantage comme Esprit."

Remarque. L'expérience prouve, en effet, que l'évocation est toujours agréable aux Esprits quand elle est faite dans un but sérieux et utile ; les bons viennent avec plaisir nous instruire ; ceux qui souffrent trouvent du soulagement dans la sympathie qu'on leur témoigne ; ceux que nous avons connus sont satisfaits de notre souvenir. Les Esprits légers aiment à être évoqués par les personnes frivoles, parce que cela leur fournit une occasion de s'égayer à leurs dépens ; ils sont mal à leur aise avec des personnes graves.

22. Les Esprits, pour se manifester, ont-ils toujours besoin d'être évoqués ?
"Non, ils se présentent très souvent sans être appelés, et cela prouve qu'ils viennent volontiers."

23. Lorsqu'un Esprit se présente de lui-même, est-on plus certain de son identité ?
"En aucune façon, car les Esprits trompeurs emploient souvent ce moyen pour mieux donner le change."

24. Lorsqu'on invoque par la pensée l'Esprit d'une personne, cet Esprit vient-il à nous, alors même qu'il n'y a pas de manifestation par l'écriture ou autrement ?
"L'écriture est un moyen matériel pour l'Esprit d'attester sa présence, mais c'est la pensée qui l'attire, et non le fait de l'écriture."

25. Lorsqu'un Esprit inférieur se manifeste, peut-on l'obliger à se retirer ?
"Oui, en ne l'écoutant pas. Mais comment voulez-vous qu'il se retire quand vous vous amusez de ses turpitudes ? Les Esprits inférieurs s'attachent à ceux qui les écoutent avec complaisance, comme les sots parmi vous."

26. L'évocation faite au nom de Dieu est-elle une garantie contre l'immixtion des mauvais Esprits ?
"Le nom de Dieu n'est pas un frein pour tous les Esprits pervers, mais il en retient beaucoup ; par ce moyen vous en éloignez toujours quelques-uns, et vous en éloigneriez bien davantage si elle était faite du fond du coeur et non comme une formule banale."

27. Pourrait-on évoquer nominativement plusieurs Esprits à la fois ?
"Il n'y a à cela aucune difficulté, et si vous aviez trois ou quatre mains pour écrire, trois ou quatre Esprits vous répondraient en même temps ; c'est ce qui arrive quand on a plusieurs médiums."

28. Lorsque plusieurs Esprits sont évoqués simultanément, et qu'il n'y a qu'un seul médium, quel est celui qui répond ?
"L'un d'eux répond pour tous, et il exprime la pensée collective."

29. Le même Esprit pourrait-il se communiquer à la fois, et séance tenante, par deux médiums différents ?
"Tout aussi facilement que vous avez des hommes qui dictent plusieurs lettres à la fois."

Remarque. Nous avons vu un Esprit répondre en même temps par deux médiums aux questions qu'on lui adressait, à l'un en anglais et à l'autre en français, et les réponses étaient identiques pour le sens ; quelques-unes même étaient la traduction littérale l'une de l'autre.
Deux Esprits évoqués simultanément par deux médiums peuvent établir entre eux une conversation ; ce mode de communication n'étant pas nécessaire pour eux, puisqu'ils lisent réciproquement leur pensée, ils s'y prêtent quelquefois pour notre instruction. Si ce sont des esprits inférieurs, comme ils sont encore imbus des passions terrestres et des idées corporelles, il peut leur arriver de se disputer et de s'apostropher par de gros mots, de se reprocher mutuellement leurs torts, et même de lancer les crayons, corbeilles, planchettes, etc., l'un contre l'autre.

30. L'Esprit évoqué en même temps sur plusieurs points, peut-il répondre simultanément aux questions qui lui sont adressées ?
"Oui, si c'est un Esprit élevé."
- Dans ce cas, l'Esprit se divise-t-il, ou bien a-t-il le don d'ubiquité ?

"Le soleil est un, et pourtant il rayonne tout alentour en portant au loin ses rayons sans se subdiviser ; il en est de même des Esprits. La pensée de l'Esprit est comme une étincelle qui projette au loin sa clarté et peut être aperçue de tous les points de l'horizon. Plus l'Esprit est pur, plus sa pensée rayonne et s'étend comme la lumière. Les Esprits inférieurs sont trop matériels ; ils ne peuvent répondre qu'à une seule personne à la fois, et ne peuvent venir s'ils sont appelés ailleurs.
Un esprit supérieur appelé en même temps sur deux points différents répondra aux deux évocations si elles sont aussi sérieuses et aussi ferventes l'une que l'autre ; dans le cas contraire, il donne la préférence à la plus sérieuse."

Remarque. Il en est ainsi d'un homme qui, sans changer de place, peut transmettre sa pensée par des signaux vus de différents côtés.
Dans une séance de la Société parisienne des études spirites où la question d'ubiquité avait été discutée, un Esprit dicta spontanément la communication suivante :

"Vous demandiez ce soir quelle était la hiérarchie des Esprits pour l'ubiquité. Comparez-vous à un aérostat qui s'élève peu à peu dans les airs. Quand il rase la terre, un très petit cercle peut l'apercevoir ; à mesure qu'il s'élève, le cercle s'élargit pour lui, et quand il est parvenu à une certaine hauteur, il apparaît à un nombre infini de personnes. Ainsi de nous ; un mauvais Esprit qui est encore attaché à la terre reste dans un cercle rétréci au milieu des personnes qui le voient. Monte-t-il en grâce, s'améliore-t-il, il peut causer avec plusieurs personnes ; et quand il est devenu Esprit supérieur, il peut rayonner comme la lumière du soleil, se montrer à plusieurs personnes et dans plusieurs lieux à la fois."
(CHANNING.)

31. Peut-on évoquer les purs Esprits, ceux qui ont terminé la série de leurs incarnations ?
"Oui, mais bien rarement ; ils ne se communiquent qu'aux coeurs purs et sincères, et non aux orgueilleux et aux égoïstes ; aussi faut-il se défier des Esprits inférieurs qui prennent cette qualité pour se donner plus d'importance à vos yeux."

32. Comment se fait-il que l'Esprit des hommes les plus illustres vienne aussi facilement et aussi familièrement à l'appel des hommes les plus obscurs ?
"Les hommes jugent les Esprits d'après eux, et c'est une erreur ; après la mort du corps, les rangs terrestres n'existent plus ; il n'y a de distinction entre eux que la bonté, et ceux qui sont bons vont partout où il y a du bien à faire."

33. Combien de temps après la mort peut-on évoquer un Esprit ?
"On peut le faire à l'instant même de la mort ; mais comme à ce moment l'Esprit est encore dans le trouble, il ne répond qu'imparfaitement."

Remarque. La durée du trouble étant très variable, il ne peut y avoir de délai fixe pour faire l'évocation ; il est rare cependant qu'au bout de huit jours l'Esprit ne se reconnaisse pas assez pour pouvoir répondre ; il le peut quelquefois très bien deux ou trois jours après la mort ; on peut, dans tous les cas, essayer avec ménagement.

34. L'évocation, à l'instant de la mort, est-elle plus pénible pour l'Esprit qu'elle ne l'est plus tard ?
"Quelquefois ; c'est comme si l'on vous arrachait au sommeil avant que vous ne soyez complètement éveillés. Il y en a cependant qui n'en sont nullement contrariés, et même que cela aide à sortir du trouble."

35. Comment l'Esprit d'un enfant, mort en bas âge, peut-il répondre avec connaissance de cause, alors que, de son vivant, il n'avait pas encore la conscience de lui-même ?
"L'âme de l'enfant est un Esprit encore enveloppé dans les langes de la matière ; mais, dégagé de la matière, il jouit de ses facultés d'Esprit, car les Esprits n'ont pas d'âge ; ce qui prouve que l'Esprit de l'enfant a déjà vécu. Cependant, jusqu'à ce qu'il soit complètement dégagé, il peut conserver dans son langage quelques traces du caractère de l'enfance."

Remarque. L'influence corporelle qui se fait sentir plus ou moins longtemps sur l'Esprit de l'enfant se fait également quelquefois remarquer sur l'Esprit de ceux qui sont morts en état de folie. L'Esprit, par lui-même, n'est point fou, mais on sait que certains Esprits croient pendant quelque temps être encore de ce monde ; il n'est donc pas étonnant que chez le fou l'Esprit se ressente encore des entraves qui, pendant la vie, s'opposaient à sa libre manifestation jusqu'à ce qu'il soit complètement dégagé. Cet effet varie selon les causes de la folie, car il y a des fous qui recouvrent toute la lucidité de leurs idées immédiatement après leur mort.

Evocation des animaux.

283. 36. Peut-on évoquer l'Esprit d'un animal ?
"Après la mort de l'animal, le principe intelligent qui était en lui est dans un état latent ; il est aussitôt utilisé par certains Esprits chargés de ce soin pour animer de nouveaux êtres dans lesquels il continue l'oeuvre de son élaboration. Ainsi, dans le monde des Esprits, il n'y a pas d'Esprits d'animaux errants, mais seulement des Esprits humains. Ceci répond à votre question."
- Comment se fait-il alors que certaines personnes ayant évoqué des animaux ont obtenu des réponses ?

"Evoquez un rocher, et il vous répondra. Il y a toujours une foule d'Esprits prêts à prendre la parole pour tout."

Remarque. C'est par la même raison que si l'on évoque un mythe ou un personnage allégorique, il répondra ; c'est-à-dire qu'on répondra pour lui, et l'Esprit qui se présentera en prendra le caractère et les allures. Quelqu'un eut un jour l'idée d'évoquer Tartufe, et Tartufe vint aussitôt ; bien plus, il parla d'Orgon, d'Elmire, de Damis et de Valère dont il donna des nouvelles ; quant à lui il contrefit l'hypocrite avec autant d'art que si Tartufe eût été un personnage réel. Il dit plus tard être l'Esprit d'un acteur qui avait joué ce rôle. Les Esprits légers profitent toujours de l'inexpérience des interrogateurs ; mais ils n'ont garde de s'adresser à ceux qu'ils savent éclairés pour découvrir leurs impostures, et qui n'ajouteraient pas foi à leurs contes. Il en est de même parmi les hommes.

Un monsieur avait dans son jardin un nid de chardonnerets auxquels il s'intéressait beaucoup ; un jour le nid disparut ; s'étant assuré que personne de chez lui n'était coupable du délit, comme il est lui-même médium, il eut l'idée d'évoquer la mère des petits ; elle vint, et lui dit en très bon français : "N'accuse personne, et rassure-toi sur le sort de mes petits ; c'est le chat qui en sautant a renversé le nid ; tu le trouveras sous l'herbe ainsi que les petits qui n'ont pas été mangés." Vérification faite, la chose fut trouvée exacte. Faut-il en conclure que c'est l'oiseau qui a répondu ? Non, assurément ; mais simplement qu'un Esprit connaissait l'histoire. Cela prouve combien il faut se défier des apparences, et combien est juste la réponse ci-dessus : évoquez un rocher, et il vous répondra. (Voir plus haut le chapitre de la Médiunimité chez les animaux : n° 234.)

Exemple d'évocation :


Mère, je suis là !

Madame *** venait de perdre depuis quelques mois sa fille unique, âgée de quatorze ans, objet de toute sa tendresse, et bien digne de ses regrets par les qualités qui promettaient d'en faire une femme accomplie. Cette jeune personne avait succombé à une longue et douloureuse maladie. La mère, inconsolable de cette perte, voyait de jour en jour sa santé s'altérer, et répétait sans cesse qu'elle irait bientôt rejoindre sa fille. Instruite de la possibilité de communiquer avec les êtres d'outre-tombe, Madame *** résolut de chercher, dans un entretien avec son enfant, un adoucissement à sa peine. Une dame de sa connaissance était médium ; mais, peu expérimentées l'une et l'autre pour de semblables évocations, surtout dans une circonstance aussi solennelle, on me pria d'y assister. Nous n'étions que trois : la mère, le médium et moi. Voici le résultat de cette première séance.

LA MERE. Au nom de Dieu Tout-Puissant, Esprit de Julie ***, ma fille chérie, je te prie de venir si Dieu le permet.

JULIE. Mère ! je suis là.

LA MERE. Est-ce bien toi, mon enfant, qui me réponds ? Comment puis-je savoir que c'est toi ?

JULIE. Lili.

(C'était un petit nom familier donné à la jeune fille dans son enfance ; il n'était connu ni du médium ni de moi, attendu que depuis plusieurs années on ne l'appelait que par son nom de Julie. A ce signe, l'identité était évidente ; la mère, ne pouvant maîtriser son émotion, éclata en sanglots.)

JULIE. Mère ! pourquoi t'affliger ? Je suis heureuse, bien heureuse ; je ne souffre plus et je te vois toujours.

LA MERE. Mais moi je ne te vois pas. Où es-tu ?

JULIE. Là, à côté de toi, ma main sur Madame *** (le médium) pour lui faire écrire ce que je te dis. Vois mon écriture. (L'écriture était en effet celle de sa fille.)

LA MERE. Tu dis : ma main ; tu as donc un corps ?

JULIE. Je n'ai plus ce corps qui me faisait tant souffrir ; mais j'en ai l'apparence. N'es-tu pas contente que je ne souffre plus, puisque je puis causer avec toi ?

LA MERE. Si je te voyais je te reconnaîtrais donc !

JULIE. Oui, sans doute, et tu m'as déjà vue souvent dans tes rêves.

LA MERE. Je t'ai revue en effet dans mes rêves, mais j'ai cru que c'était un effet de mon imagination, un souvenir.

JULIE. Non ; c'est bien moi qui suis toujours avec toi et qui cherche à te consoler ; c'est moi qui t'ai inspiré l'idée de m'évoquer. J'ai bien des choses à te dire. Défie-toi de M. *** ; il n'est pas franc.

(Ce monsieur, connu de la mère seule, et nommé ainsi spontanément, était une nouvelle preuve de l'identité de l'Esprit qui se manifestait.)

LA MERE. Que peut donc faire contre moi Monsieur *** ?

JULIE. Je ne puis te le dire ; cela m'est défendu. Je ne puis que t'avertir de t'en méfier.

LA MERE. Es-tu parmi les anges ?

JULIE. Oh ! pas encore ; je ne suis pas assez parfaite.

LA MERE. Je ne te connaissais cependant aucun défaut ; tu étais bonne, douce, aimante et bienveillante pour tout le monde ; est-ce que cela, ne suffit pas ?

JULIE. Pour toi, mère chérie, je n'avais aucun défaut ; je le croyais : tu me le disais si souvent ! Mais à présent, je vois ce qui me manque pour être parfaite.

LA MERE. Comment acquerras-tu les qualités qui te manquent ?

JULIE. Dans de nouvelles existences qui seront de plus en plus heureuses.

LA MERE. Est-ce sur la terre que tu auras ces nouvelles existences ?

JULIE. Je n'en sais rien.

LA MERE. Puisque tu n'avais point fait de mal pendant ta vie, pourquoi as-tu tant souffert ?

JULIE. Epreuve ! Epreuve ! Je l'ai supportée avec patience, par ma confiance en Dieu ; j'en suis bien heureuse aujourd'hui. A bientôt, mère chérie !

En présence de pareils faits, qui oserait parler du néant de la tombe quand la vie future se révèle à nous pour ainsi dire palpable ? Cette mère, minée par le chagrin, éprouve aujourd'hui un bonheur ineffable à pouvoir s'entretenir avec son enfant ; il n'y a plus entre elles de séparation ; leurs âmes se confondent et s'épanchent dans le sein l'une de l'autre par l'échange de leurs pensées.

Malgré le voile dont nous avons entouré cette relation, nous ne nous serions pas permis de la publier, si nous n'y étions formellement autorisé. Puissent, nous disait cette mère, tous ceux qui ont perdu leurs affections sur la terre, éprouver la même consolation que moi !

Nous n'ajouterons qu'un mot à l'adresse de ceux qui nient l'existence des bons Esprits ; nous leur demanderons comment ils pourraient prouver que l'Esprit de cette jeune fille était un démon malfaisant.


Mlle CLARY D...

Nota. Mademoiselle Clary D..., intéressante enfant, morte en 1850, à l'âge de 13 ans, est depuis lors restée comme le génie de sa famille, où elle est fréquemment évoquée, et à laquelle elle a fait un grand nombre de communications du plus haut intérêt. L'entretien que nous rapportons ci-après a eu lieu entre elle et nous le 12 janvier 1857, par l'intermédiaire de son frère médium.

1. Avez-vous un souvenir précis de votre existence corporelle ?
R.
L'Esprit voit le présent, le passé et un peu de l'avenir selon sa perfection et son rapprochement de Dieu.

2. Cette condition de la perfection est-elle seulement relative à l'avenir, ou se rapporte-t-elle également au présent et au passé ?
R.
L'Esprit voit l'avenir plus clairement à mesure qu'il se rapproche de Dieu. Après la mort, l'âme voit et embrasse d'un coup d'oeil toutes ses émigrations passées, mais elle ne peut voir ce que Dieu lui prépare ; il faut pour cela qu'elle soit tout entière en Dieu après bien des existences.

3. Savez-vous à quelle époque vous serez réincarnée ?
R.
Dans 10 ans ou 100 ans.

4. Sera-ce sur cette terre, ou dans un autre monde ?
R.
Un autre monde.

5. Le monde où vous serez est-il, par rapport à la terre, dans des conditions meilleures, égales ou inférieures ?
R.
Beaucoup mieux que sur terre ; on y est heureux.

6. Puisque vous êtes ici parmi nous, y êtes-vous à une place déterminée et en quel endroit ?
R.
J'y suis en apparence éthéréenne ; je puis dire que mon Esprit proprement dit s'étend beaucoup plus loin ; je vois beaucoup de choses, et je me transporte bien loin d'ici avec la vitesse de la pensée ; mon apparence est à droite de mon frère et guide son bras.

7. Ce corps éthéréen dont vous êtes revêtue, vous permet-il d'éprouver des sensations physiques, comme par exemple celle du chaud ou du froid ?
R.
Quand je me souviens trop de mon corps, j'éprouve une sorte d'impression comme lorsqu'on quitte un manteau et que l'on croit encore le porter quelque temps après.

8. Vous venez de dire que vous pouvez vous transporter avec la rapidité de la pensée ; la pensée n'est-elle pas l'âme elle-même qui se dégage de son enveloppe ?
R.
Oui.

9. Lorsque votre pensée se porte quelque part, comment se fait la séparation de votre âme ?
R.
L'apparence s'évanouit ; la pensée marche seule.

10. C'est donc une faculté qui se détache ; l'être restant où il est ?
R.
La forme n'est pas l'être.

11. Mais comment cette pensée agit-elle ?
N'agit-elle pas toujours par l'intermédiaire de la matière ?
R.
Non.

12. Lorsque votre faculté de penser se détache, vous n'agissez donc plus par l'intermédiaire de la matière ?
R.
L'ombre s'évanouit ; elle se reproduit où la pensée la guide.

13. Puisque vous n'aviez que 13 ans quand votre corps est mort, comment se fait-il que vous puissiez nous donner, sur des questions abstraites, des réponses qui sont hors de la portée d'un enfant de votre âge ?
R.
Mon âme est si ancienne !

14. Pouvez-vous nous citer, parmi vos existences antérieures, une de celles qui ont le plus élevé vos connaissances ?
R.
J'ai été dans le corps d'un homme que j'avais rendu vertueux ; après sa mort je suis allée dans le corps d'une jeune fille dont le visage était l'empreinte de l'âme ; Dieu me récompense.

15. Pourrait-il nous être donné de vous voir ici telle que vous êtes actuellement ?
R.
Vous le pourriez.

16. Comment le pourrions-nous ? Cela dépend-il de nous, de vous ou de personnes plus intimes ?
R.
De vous.

17. Quelles conditions devrions-nous remplir pour cela ?
R.
Vous recueillir quelque temps, avec foi et ferveur ; être moins nombreux, vous isoler un peu, et faire venir un médium dans le genre de Home.


Etat de l'âme au moment de la mort.

Les Esprits nous ont toujours dit que la séparation de l'âme et du corps ne se fait pas instantanément ; elle commence quelquefois avant la mort réelle pendant l'agonie ; quand la dernière pulsation s'est fait sentir, le dégagement n'est pas encore complet ; il s'opère plus ou moins lentement selon les circonstances, et jusqu'à son entière délivrance l'âme éprouve un trouble, une confusion qui ne lui permettent pas de se rendre compte de sa situation ; elle est dans l'état d'une personne qui s'éveille et dont les idées sont confuses. Cet état n'a rien de pénible pour l'homme dont la conscience est pure ; sans trop s'expliquer ce qu'il voit, il est calme et attend sans crainte le réveil complet ; il est au contraire plein d'angoisses et de terreur pour celui qui redoute l'avenir. La durée de ce trouble, disons-nous, est variable ; elle est beaucoup moins longue chez celui qui, pendant sa vie, a déjà élevé ses pensées et purifié son âme ; deux ou trois jours lui suffisent, tandis que chez d'autres il en faut quelquefois huit et plus. Nous avons souvent assisté à ce moment solennel, et toujours nous avons vu la même chose ; ce n'est donc pas une théorie, mais un résultat d'observations, puisque c'est l'Esprit qui parle et qui peint sa propre situation. En voici un exemple d'autant plus caractéristique et d'autant plus intéressant pour l'observateur qu'il ne s'agit plus d'un Esprit invisible écrivant par un médium, mais bien d'un Esprit vu et entendu en présence de son corps, soit dans la chambre mortuaire, soit dans l'église pendant le service funèbre.

M. X... venait d'être frappé d'une attaque d'apoplexie ; quelques heures après sa mort, M. Adrien, un de ses amis, se trouvait dans sa chambre avec la femme du défunt ; il vit distinctement l'Esprit de celui-ci se promener de long en large, regarder alternativement son corps et les personnes présentes, puis s'asseoir dans un fauteuil ; il avait exactement la même apparence que de son vivant ; il était vêtu de même, redingote noire, pantalon noir ; il avait les mains dans ses poches et l'air soucieux.

Pendant ce temps, sa femme cherchait un papier dans le secrétaire, son mari la regarde et dit : Tu as beau chercher, tu ne trouveras rien. Elle ne se doutait nullement de ce qui se passait, car M. X... n'était visible que pour M. Adrien.

Le lendemain, pendant le service funèbre, M. Adrien vit de nouveau l'Esprit de son ami errer à côté du cercueil, mais il n'avait plus le costume de la veille ; il était enveloppé d'une sorte de draperie. La conversation suivante s'engagea entre eux. Remarquons, en passant, que M. Adrien n'est point somnambule ; qu'à ce moment, comme le jour précédent, il était parfaitement éveillé, et que l'Esprit lui apparaissait comme s'il eut été un des assistants au convoi.

D. Dis-moi un peu, cher Esprit, que ressens-tu maintenant ?
R.
Du bien et de la souffrance.
D.
Je ne comprends pas cela.
R.
Je sens que je suis vivant de ma véritable vie, et cependant je vois mon corps ici, dans cette boite ; je me palpe et ne me sens pas, et cependant je sens que je vis, que j'existe ; je suis donc deux êtres ?
Ah ! laissez-moi me tirer de cette nuit, j'ai le cauchemar.

D. En avez-vous pour longtemps à rester ainsi ?
R.
Oh ! non ; Dieu merci, mon ami ; je sens que je me réveillerai bientôt ; ce serait horrible autrement ; j'ai les idées confuses ; tout est brouillard ; songe à la grande division qui vient de se faire... je n'y comprends encore rien.

D. Quel effet vous fit la mort ?
R.
La mort ! je ne suis pas mort, mon enfant, tu te trompes. Je me levais et fus frappé tout d'un coup par un brouillard qui me descendit sur les yeux ; puis, je me réveillai, et juge de mon étonnement, de me voir, de me sentir vivant, et de voir à côté, sur le carreau, mon autre ego couché. Mes idées étaient confuses ; j'errais pour me remettre, mais je ne pus ; je vis ma femme venir, me veiller, se lamenter, et je me demandais pourquoi ? Je la consolais, je lui parlais, et elle ne me répondait ni ne me comprenait ; c'est là ce qui me torturait et rendait mon Esprit plus troublé. Toi seul m'as fait du bien, car tu m'as entendu et tu comprends ce que je veux ; tu m'aides à débrouiller mes idées, et tu me fais grand bien ; mais pourquoi les autres ne font-ils pas de même ? Voilà ce qui me torture... Le cerveau est écrasé devant cette douleur... Je m'en vais la voir, peut-être m'entendra-t-elle maintenant... Au revoir, cher ami ; appelle-moi et j'irai te voir... Je te ferai même visite en ami... Je te surprendrai... au revoir !

M. Adrien le vit ensuite aller près de son fils qui pleurait : il se pencha vers lui, resta un moment dans cette situation et partit rapidement. Il n'avait pas été entendu, et se figurait sans doute produire un son ; moi, je suis persuadé, ajoute M. Adrien, que ce qu'il disait arrivait au coeur de l'enfant ; je vous prouverai cela. Je l'ai revu depuis, il est plus calme.

Remarque. Ce récit est d'accord avec tout ce que nous avions déjà observé sur le phénomène de la séparation de l'âme ; il confirme avec des circonstances toutes spéciales, cette vérité qu'après la mort, l'Esprit est encore là présent. On croit n'avoir devant soi qu'un corps inerte, tandis qu'il voit et entend tout ce qui se passe autour de lui, qu'il pénètre la pensée des assistants, qu'il n'y a entre eux et lui que la différence de la visibilité et de l'invisibilité ; les pleurs hypocrites d'avides héritiers ne peuvent lui en imposer. Que de déceptions les Esprits doivent éprouver à ce moment !


Mort d'un Spirite.

M. J..., négociant du département de la Sarthe, mort le 15 juin 1859, était un homme bien sous tous les rapports, et d'une charité sans bornes. Il avait fait une étude sérieuse du Spiritisme dont il était un des fervents adeptes. Comme abonné à la Revue Spirite, il se trouvait avoir des rapports indirects avec nous, sans que nous nous soyons vus. En l'évoquant, nous avons pour but, non seulement de répondre au désir de ses parents et de ses amis, mais de lui donner personnellement un témoignage de notre sympathie, et de le remercier des choses obligeantes qu'il avait bien voulu dire et penser de nous. C'était, en outre, pour nous, un sujet d'étude intéressant au point de vue l'influence que la connaissance approfondie du Spiritisme peut avoir sur l'état de l'âme après la mort.

1. Evocation
R.
Je suis là depuis longtemps.

2. Je n'ai jamais eu le plaisir de vous voir ; néanmoins, me reconnaissez-vous ?
R.
Je vous reconnais d'autant mieux que je vous ai souvent visité, et que j'ai eu plus d'un entretien avec vous comme Esprit pendant ma vie.

Remarque. Ceci confirme le fait très important, et dont nous avons eu de nombreux exemples, des communications que les hommes ont entre eux, à leur insu, pendant leur vie. Ainsi, pendant le sommeil du corps, les Esprits voyagent et vont se visiter réciproquement. Ils rapportent au réveil une intuition des idées qu'ils ont puisées dans ces entretiens occultes, mais dont ils ignorent la source. Nous avons, de cette manière, pendant la vie, une double existence: l'existence corporelle qui nous donne la vie de relation extérieure, et l'existence spirite qui nous donne la vie de relation occulte.

3. Etes-vous plus heureux que sur terre ?
R.
Est-ce à vous de me le demander ?

4. Je le conçois ; cependant, vous jouissiez d'une fortune honorablement acquise, qui vous procurait les jouissances de la vie ; vous aviez l'estime et la considération que vous méritaient votre bonté et votre bienfaisance, veuillez nous dire en quoi consiste la supériorité de votre bonheur actuel ?
R.
Il consiste naturellement dans la satisfaction que me procure le souvenir du peu de bien que j'ai fait, et dans la certitude de l'avenir qu'il me promet ; et comptez-vous pour rien l'absence des inquiétudes et du tracas de la vie ; des souffrances corporelles et de tous ces tourments que nous nous créons pour satisfaire aux besoins du corps ? Pendant la vie, l'agitation, l'anxiété, des angoisses incessantes, même au sein de la fortune ; ici la tranquillité et le repos : c'est le calme après la tempête.

5. Six semaines avant de mourir, vous affirmiez avoir encore cinq années à vivre ; d'où vous venait cette illusion, alors que tant de personnes pressentent leur mort prochaine ?

R.
Un Esprit bienveillant voulait écarter de ma pensée ce moment que j'avais la faiblesse de redouter sans l'avouer, malgré ce que je savais de l'avenir de l'Esprit.

6. Vous aviez sérieusement approfondi la science Spirite ; veuillez nous dire si, à votre entrée dans le monde des Esprits, vous avez trouvé les choses telles que vous vous les étiez figurées ?
R.
A bien peu de chose près, si ce n'est quelques questions de détail que j'avais mal comprises.

7.La lecture attentive que vous faisiez de la Revue spirite et du livre des Esprits, vous a-t-elle beaucoup aidé en cela ?
R.
Incontestablement ; c'est là principalement ce qui m'a préparé à mon entrée dans la véritable vie.

8. Avez-vous éprouvé un étonnement quelconque en vous trouvant dans le monde des Esprits ?
R.
C'est impossible autrement ; mais étonnement n'est pas le mot : admiration plutôt. On est si loin de pouvoir se faire une idée de ce que c'est !

Remarque. Celui qui, avant d'aller habiter un pays, l'a étudié dans les livres, s'est identifié avec les moeurs de ses habitants, sa configuration, son aspect, au moyen de dessins, de plans et de descriptions, est moins surpris, sans doute, que celui qui n'en a aucune idée ; et pourtant la réalité lui montre une foule de détails qu'il n'avait pas prévus et qui l'impressionnent. Il doit en être de même du monde des Esprits, dont nous ne pouvons comprendre toutes les merveilles, parce qu'il est des choses qui dépassent notre entendement.

10. En quittant votre corps, avez-vous vu et reconnu immédiatement des Esprits autour de vous ?
R.
Oui, et des Esprits chéris.

11. Que pensez-vous maintenant de l'avenir du Spiritisme ?
R.
Un avenir plus beau que vous ne le pensez encore, malgré votre foi et votre désir.

12. Vos connaissances touchant les matières spirites vous permettront, sans doute, de nous répondre avec précision sur certaines questions. Pourriez-vous nous décrire clairement ce qui s'est passé en vous à l'instant où votre corps a rendu le dernier soupir, et où votre Esprit s'est trouvé libre ?
R.
Il est, je crois, personnellement très difficile de trouver un moyen de vous le faire comprendre autrement qu'on ne l'a déjà fait, en comparant la sensation qu'on éprouve au réveil qui suit un profond sommeil; ce réveil est plus ou moins lent et difficile en raison directe de la situation morale de l'Esprit, et ne manque jamais d'être fortement influencé par les circonstances qui accompagnent la mort.

Remarque. Ceci est conforme à toutes les observations qui ont été faites sur l'état de l'Esprit au moment de sa séparation d'avec le corps ; nous avons toujours vu les circonstances morales et matérielles qui accompagnent la mort réagir puissamment sur l'état de l'Esprit dans les premiers moments.

13. Votre Esprit a-t-il conservé la conscience de son existence jusqu'au dernier moment, et l'a-t-il recouvrée immédiatement ?
Y a-t-il eu un moment d'absence de lucidité, et quelle en a été la durée?
R.
Il y a eu un instant de trouble, mais presque inappréciable pour moi.

14. L'instant du réveil a-t-il eu quelque chose de pénible ?
R.
Non, au contraire ; je me sentais, si je puis parler ainsi, allègre et dispos comme si j'avais respiré un air pur à la sortie d'une salle enfumée.

Remarque. Comparaison ingénieuse et qui ne peut être que l'expression de la vérité.

15. Vous rappelez-vous l'existence que vous aviez avant celle que vous venez de quitter ?
Quelle était-elle ?
R.
Je me la rappelle on ne peut mieux. J'étais un bon serviteur auprès d'un bon maître, qui m'a reçu conjointement avec d'autres à ma rentrée dans ce monde bienheureux.

16. Votre frère, je crois, s'occupe moins des questions spirites que vous ne le faisiez ?
R.
Oui, je ferai en sorte qu'il les prenne plus à coeur, si cela m'est permis. S'il savait ce que l'on y gagne, il y attacherait plus d'importance.

17. Votre frère a chargé M. B... de me faire part de votre décès ; ils attendent tous les deux avec impatience le résultat de notre entretien ; mais ils seront encore plus sensibles à un souvenir direct de votre part, si vous vouliez bien me charger de quelques paroles pour eux, ou pour d'autres personnes qui vous regrettent.
R.
Je leur dirai, par votre entremise, ce que je leur aurais dit moi-même, mais je crains beaucoup de n'avoir pas plus d'influence près de quelques-uns d'entre eux que je n'en avais autrefois ; cependant je les conjure, en mon nom et en celui de leurs amis, que je vois, de réfléchir, et d'étudier sérieusement cette grave question du Spiritisme, ne fût-ce que pour le secours qu'elle apporte pour passer ce moment si redouté de la plupart, et si peu redoutable pour celui qui s'y est préparé à l'avance par l'étude de l'avenir et la pratique du bien. Dites-leur que je suis toujours avec eux, au milieu d'eux, que je les vois, et que je serai heureux si leurs dispositions peuvent leur assurer, dans le monde où je suis, une place dont ils n'auront qu'à se féliciter. Dites-le surtout à mon frère, dont le bonheur est mon voeu le plus cher, et que je n'oublie pas, quoique je sois plus heureux.

18. La sympathie que vous avez bien voulu me témoigner de votre vivant, sans m'avoir vu, me fait espérer que nous nous reconnaîtrons facilement quand je me trouverai parmi vous ; et jusque-là je serai heureux que vous veuilliez bien m'assister dans les travaux qui me restent à faire pour accomplir ma tâche.
R.
Vous me jugez trop favorablement ; néanmoins soyez convaincu que, si je puis vous être de quelque utilité, je ne manquerai pas de le faire, peut-être même sans que vous vous en doutiez.

19. Nous vous remercions d'avoir bien voulu venir à notre appel, et des explications instructives que vous nous avez données.
R.
A votre disposition ; je serai souvent avec vous.

Remarque. Cette communication est sans contredit une de celles qui dépeignent la vie spirite avec le plus de clarté ; elle offre un puissant enseignement touchant l'influence que les idées spirites exercent sur notre état après la mort.

Cet entretien a paru laisser quelque chose à désirer à l'ami qui nous a fait part de la mort de M. J...
Ce dernier, nous répond-il, n'a pas conservé dans son langage le cachet d'originalité qu'il avait avec nous. Il se tient dans une réserve qu'il n'observait avec personne ; son style incorrect, saccadé, tranchait de l'inspiration : il osait tout ; il battait en brèche quiconque formulait une objection contre ses croyances ; il nous taillait en pièces pour nous convertir. Dans son apparition psychologique, il ne fait connaître aucune particularité des nombreuses relations qu'il avait avec une multitude de personnes qu'il fréquentait. Nous aurions tous aimé à nous voir désignés par lui, non pour satisfaire notre curiosité, mais pour notre instruction. Nous aurions voulu qu'il nous eût parlé nettement de quelques idées émises par nous, en sa présence, dans nos conversations. Il aurait pu me dire, à moi personnellement, si j'ai tort de m'arrêter à telle ou telle considération ; si ce que je lui ai dit est vrai ou faux. Il ne nous a point parlé de sa soeur encore vivante et si digne d'intérêt.

D'après cette lettre nous avons évoqué de nouveau M. J... et lui avons adressé les questions suivantes :

20. Avez-vous connaissance de la lettre que j'ai reçue en réponse à l'envoi de votre évocation.
R.
Oui, je l'ai vu écrire.

21. Aurez-vous la bonté de nous donner quelques explications sur certains passages de cette lettre, et cela, comme vous le pensez bien, dans un but d'instruction, et uniquement pour me fournir les éléments d'une réponse ?
R.
Si vous le trouvez utile, oui.

22. On trouve étrange que votre langage n'ait pas conservé son cachet d'originalité ; il paraît que, de votre vivant, vous étiez assez cassant dans la discussion.
R.
Oui, mais le ciel et la terre sont bien différents, et ici j'ai trouvé des maîtres. Que voulez-vous ! ils m'impatientaient par leurs objections saugrenues ; je leur montrais le soleil, et ils ne voulaient pas le voir ; comment garder son sang-froid ?
Ici je n'ai pas à discuter ; nous nous comprenons tous.

23. Ces messieurs s'étonnent que vous ne les ayez pas interpellés nominativement pour les réfuter, comme vous le faisiez de votre vivant.
R.
Qu'ils s'en étonnent! Je les attends ; quand ils viendront me rejoindre, alors ils verront qui de nous avait raison. Il faudra bien qu'ils y viennent bon gré mal gré eux, et les uns plus tôt qu'ils ne le croient ; leur jactance tombera comme la poussière abattue par la pluie ; forfanterie... (Ici l'Esprit s'arrête et refuse d'achever la phrase).

24. Ils en infèrent que vous ne leur portez pas tout l'intérêt qu'ils avaient droit d'attendre de vous ?
R.
Je leur veux du bien, mais je ne le leur ferai pas malgré eux.

25. Ils s'étonnent également que vous n'ayez rien dit de votre soeur.
R.
Sont-ils donc entre elle et moi ?

26. M. B... aurait voulu que vous lui eussiez dit ce qu'il vous a raconté dans l'intimité ; c'eût été pour lui et pour les autres un moyen de s'éclairer.
R.
A quoi bon lui répéter ce qu'il sait ?
Croit-il que je n'aie que cela à faire ?
N'ont-ils pas tous les moyens de s'éclairer que j'avais moi-même ? qu'ils en profitent ! ils s'en trouveront bien, je le leur garantis. Quant à moi, je bénis le ciel de m'avoir envoyé la lumière qui m'a frayé la route de la félicité.

27. Mais c'est cette lumière qu'ils désirent et qu'ils seraient heureux de recevoir de vous.
R.
La lumière luit pour tout le monde ; aveugle qui ne la voit pas ; celui-là tombera dans le précipice et maudira son aveuglement.

28. Votre langage me semble empreint d'une bien grande sévérité.
R.
Ne m'ont-ils pas trouvé trop doux ?

29. Nous vous remercions d'avoir bien voulu venir, et des éclaircissements que vous nous avez donnés.
R.
Toujours à votre service, parce que je sais que c'est pour le bien.


Jardin, 25 novembre 1859

Un funeste accident est arrivé à la gare du chemin de fer. Un homme âgé de soixante-deux ans, le sieur Jardin, était atteint en sortant de la cour de l'embarcadère, par les brancards d'un tilbury, et, quelques heures après, il rendait le dernier soupir.
La mort de cet homme a fait révéler une histoire des plus extraordinaires. La voici :
Jardin, avant d'être employé à l'entrepôt des tabacs de Nevers, habitait dans le Cher le bourg de Saint-Germain-des-Bois, où il exerçait la profession de tailleur. Sa femme avait succombé depuis cinq ans dans ce village aux atteintes d'une fluxion de poitrine, lorsqu'il y a huit ans il quitta Saint-Germain pour venir habiter Nevers. Jardin, laborieux employé, était d'une grande piété, d'une dévotion qu'il poussait jusqu'à l'exaltation ; il se livrait avec ferveur aux pratiques de la religion ; il avait dans sa chambre un prie-Dieu sur lequel il aimait souvent à s'agenouiller. Vendredi soir, se trouvant seul avec sa fille, il lui annonça tout à coup qu'un secret pressentiment l'avertissait que sa fin était prochaine. : Écoute, lui dit-il, mes dernières volontés : Quand je serai mort, tu remettras au sieur B la clef de mon prie-Dieu pour qu'il en enlève ce qu'il y trouvera et le dépose dans mon cercueil.
Etonnée de cette brusque recommandation, la fille Jardin, ne sachant trop si son père parlait sérieusement, lui demanda ce que pouvait contenir son prie-Dieu. Il refusa d'abord de lui répondre ; mais comme elle insistait, il lui fit cette étrange révélation que ce qui se trouvait dans le prie-Dieu : c'étaient les restes de sa mère ! Il lui apprit que, avant de quitter Saint-Germain-des-Bois, il s'était rendu pendant la nuit au cimetière. Tout le monde dormait au village ; se sentant bien seul, il s'était dirigé vers la tombe de sa femme, et, armé d'une pioche il avait creusé la terre jusqu'au moment où il atteignit la bière qui contenait les restes de celle qui avait été sa compagne. Ne voulant pas se séparer de cette précieuse dépouille, il avait recueilli les ossements et les avait déposés dans son prie-Dieu.
A cette étrange confidence, la fille Jardin, un peu effrayée, mais doutant toujours que son père parlât sérieusement lui promit cependant de se conformer à ses dernières volontés, bien persuadée qu'il voulait s'amuser à ses dépens, et que le lendemain il lui donnerait le mot de cette fantastique énigme.
Le lendemain samedi, Jardin se rendit à son bureau comme de coutume. Vers une heure, il fut envoyé à la gare des marchandises pour y prendre livraison des sacs de tabac destinés à l'approvisionnement de l'entrepôt. A peine sortait-il de la gare, que les brancards d'un tilbury, qu'il n'avait pas aperçu au milieu de l'encombrement des voitures qui stationnaient dans l'embarcadère, vinrent l'atteindre en pleine poitrine. Ses pressentiments ne l'avaient donc pas trompé.
Renversé par ce choc violent, il fut rapporté chez lui privé de sentiment.
Les secours qui lui furent prodigués lui firent recouvrer les sens. On le pria alors de se laisser enlever ses vêtements pour examiner ses blessures ; il s'y opposa vivement ; on insista, il s'y refusa encore. Mais, comme malgré sa résistance, on se disposait à ôter son habit, il s'affaissa tout à coup sur lui-même : il était mort.
Son corps fut déposé sur un lit, mais quelle ne fut pas la surprise des personnes présentes, lorsqu'après avoir dépouillé Jardin de ses vêtements, on vit sur son coeur un sac de peau, retenu par des liens attachés autour du corps ! Un coup de lancette donné par le médecin appelé pour constater le décès sépara le sac en deux parties : il s'en échappa une main desséchée !
La fille Jardin se souvenant alors de ce que son père lui avait dit la veille, fit prévenir les sieurs B et J menuisiers. Le prie-Dieu fut ouvert ; on en retira un schako de garde national. Dans le fond de ce schako se trouvait une tête de mort, encore garnie de ses cheveux ; puis dans le fond du prie-Dieu on aperçut, rangés sur les rayons, les os d'un squelette : c'étaient les restes de la femme de Jardin.
Dimanche dernier, on conduisait dans sa dernière demeure la dépouille de Jardin. Pour se conformer à la volonté du sexagénaire, on avait mis dans son cercueil les restes de sa femme, et sur sa poitrine la main desséchée qui, si nous pouvons nous exprimer ainsi, avait pendant huit ans senti battre son coeur
1. Évocation.
R.
Je suis là.
2. Qui vous a prévenu que nous désirions vous parler ?
R.
Je n'en sais rien ; j'ai été entraîné ici.
3. Où étiez-vous lorsque nous vous avons appelé ?
R.
J'étais auprès d'un homme que j'aime, accompagné de ma femme.
4. Comment avez-vous eu le pressentiment de votre mort ?
R.
J'en avais été averti par celle que je regrettais tant ; Dieu l'avait accordé à sa prière.
5. Votre femme était donc toujours auprès de vous ?
R.
Elle ne me quittait pas.
6. Est-ce que les restes mortels de votre femme, que vous conserviez, étaient la cause de sa présence continuelle ?
R.
Pas le moins du monde, mais je le croyais.
7. Ainsi, vous n'auriez pas conservé ces restes, que l'Esprit de votre femme n'en eût pas moins été près de vous ?
R.
Est-ce que la pensée n'est pas là, et n'est-elle pas plus puissante pour attirer l'Esprit que des restes sans importance pour lui ?
8. Avez-vous revu immédiatement votre femme au moment de votre mort ?
R.
C'est elle qui est venue m'éclairer et me recevoir.
9. Avez-vous eu immédiatement conscience de vous-même ?
R.
Au bout de peu de temps ; j'avais une foi intuitive en l'immortalité de l'âme.
10. Votre femme a dû avoir des existences antérieures à la dernière, comment se fait-il qu'elle les eût oubliées pour se consacrer entièrement à vous ?
R.
Elle tenait à me guider dans ma vie matérielle sans renoncer pour cela à ses anciennes affections. Quand nous disons que nous ne quittons jamais un Esprit incarné, vous devez comprendre que nous voulons dire par là que nous sommes près de lui plus souvent qu'ailleurs ; la rapidité de notre déplacement nous le permet aussi facilement qu'à vous une conversation avec plusieurs interlocuteurs.
11. Vous rappelez-vous vos existences précédentes ?
R.
Oui, j'avais été dans ma dernière un pauvre habitant de la campagne, sans aucune instruction, mais précédemment j'avais été religieux, sincère, dévoué à l'étude.
12. L'affection extraordinaire que vous aviez pour votre femme n'aurait-elle pas eu pour cause d'anciennes relations dans d'autres existences ?
R.
Non.
13. Êtes-vous heureux, comme Esprit ?
R.
On ne peut plus, vous devez le penser.
14. Veuillez nous définir votre bonheur actuel et nous en dire la cause ?
R.
Je ne devrais pas avoir besoin de vous le dire : j'aimais, et je regrettais un Esprit chéri ; j'aimais Dieu ; j'étais honnête homme ; j'ai retrouvé celle que je regrettais ; ce sont là des éléments de bonheur pour un Esprit.
15. Quelles sont vos occupations comme Esprit ?
R.
Je vous ai dit qu'au moment de votre appel j'étais près d'un homme que j'aimais ; je cherchais à lui inspirer le désir du bien, comme le font toujours les Esprits que Dieu en juge dignes. Nous avons aussi d'autres occupations que nous ne pouvons encore vous révéler.
16. Nous vous remercions d'avoir bien voulu venir.
R.
Je vous remercie aussi.






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